Kilimanjaro

[05.09.2018 – 14.09.2018]

Après une grosse semaine à Zanzibar, on passe une nouvelle nuit à Dar Es Salaam avant de prendre un bus à 6h du matin direction Moshi, tout au nord du pays. Il y a quoi à faire vers Moshi? En arrivant, on se le demande. Il y a de gros nuages gris, il ne fait pas super beau et on sort tout fourbus de 12 heures de bus. Mais en réalité, il y a une raison bien précise à notre présence ici. Il se trouve juste derrière la ville, il est immense, il en impose et attire les regards du monde entier. Il s’appelle Kilimanjaro et il s’agit de la montagne la plus mythique du continent, vu que c’est le plus haut sommet de l’Afrique. Forcément, ça nous a attiré et donné envie de la gravir…

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Nous avons choisi de partir avec l’agence Kilimanjaro Heroes, qui nous avait été chaudement recommandée par un français rencontré sur le Huayna Potosi, en Bolivie. Oui, car le Kili, on ne peut pas l’attaquer en indépendant, il faut passer par une agence et être accompagné d’un guide. D’un guide, d’un assistant guide, d’un cuisinnier et de 7 porteurs. Cette petite troupe de 10 personnes sensée nous accompagner pendant une semaine nous impressionne un peu, nous n’avons pas l’habitude. En temps normal pour un trek on est deux, on porte nos gros sacs et j’ai un super cuistot qui me fait des nouilles ou de la polenta aux noix tous les soirs. Heureusement, on tombera sur une super équipe chapeautée par notre guide Magnus. Ils nous apprennent plein de choses, prendront bien soin de nous. On peut dire qu’on aura été chouchouté même!! Sans déconner, partir le matin sans devoir plier la tente ni porter les gros sacs. Arriver au campement le soir et voir la tente montée, toute prête et le thé et le popcorn de servis en attendant le diner. Se faire servir des crêpes au petit déjeuner et un poulet frites à plus de 4000 mètres d’altitude…. Euh on est en trek ou au club med??!! On se dit que c’est un peu trop tout ça, mais au final c’est une expérience qu’on ne vivra qu’une fois dans notre vie. Du coup, on en profite, on se relaxe en attendant le jour de l’ascension.

Il y a plusieurs possibilités pour gravir cette montagne et nous avons choisi la voie classique, la voie Machame sur 7 jours. Jérôme était persuadé qu’on n’aurait aucun problème à le faire en 6 jours, j’avais un peu peur de mon côté de l’acclimatation et on s’est donc décidés pour l’option 7 jours. Le trajet est le même dans les deux cas, l’option en 7 jours permet simplement de scinder le jour précédant l’ascension en deux petites journées et nous permet de passer plus de temps au-dessus de 4000 mètres. Au final nous ne regretterons pas cette décision, histoire de ne pas finir dans l’ambulance locale…

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Le premier jour, nous prenons un bus depuis Moshi et toute notre petite équipe se prépare à passer une semaine en montagne. Il y a plusieurs groupes à l’entrée Machame Gate, mais au final on a de la chance, il parait que parfois il peut y avoir bien plus de monde qui s’élance. Les porteurs font la file pour voir leurs sacs pesés 2 fois, car d’après la loi ils ne peuvent pas porter plus de 20 kilos. Tout est réglementé. Il y a également interdiction d’emporter des sacs plastiques ou des bouteilles en plastique, on comprend bien pourquoi… Ici c’est comme dans n’importe quelle montagne (normalement): trash in, trash out. Les démarches administratives s’éternisent et nous décollons enfin en début d’après-midi. C’est beau, nous traversons une belle forêt et arrivons le soir au premier campement, où nous découvrons une vue sur le majestueux Kilimanjaro. Il parait encore bien loin…

Tous les jours ce sera la même chose. Une matinée dégagée, une mer de nuage sur la plaine qui s’élève dans la journée jusqu’à couvrir toute la montagne, puis qui se dissipe à nouveau le soir venu. On croise quand même les doigts pour avoir une bonne météo le jour de l’ascension, on ne sait jamais…

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Au fur et à mesure que l’on grimpe, la végétation se raréfie et tout devient très minéral. On retrouve l’ambiance un peu lunaire qui caractérise les volcans et la clareté du ciel qui ne se trouve qu’en haute altitude. On est quand même bien contents de retrouver ces ambiances montagnardes et on savoure chaque instant. Ou presque… Pour une raison inconnue à ce jour, à peu près 24 heures avant de devoir gravir le sommet, Jérôme est tombé malade. Non non, pas de mal des montagnes, même si quelques cachets de paracétamol permettront d’éviter des migraines. Et non, après plus d’un an de voyage et un système immunitaire bien développé à force de tester la cuisine locale à tous les coins de rue, Jérôme a eu sa toute première tourista. Bien carabinée en plus… Un timing parfait, nikel!! En gros, on n’a quasiment pas dormi les deux nuits avant le fameux jour J et Jérôme n’a quasiment pas pu manger. Autant dire qu’il pète le feu…

Le 5ème jour nous arrivons vers midi au campement et nous avons toute l’après-midi pour essayer de nous reposer. Effectivement, à 23h30 on devra se lever, boire un thé et être prêt à partir à 00h30 pour quelques heures intenses de randonnée. Nous sommes à environ 4660m et nous devons atteindre 5895m. Il y a du boulot… Nous partons de nuit, équipés de nos frontales et ça démarre sec avec une partie bien bien raide. De quoi nous mettre dans l’ambiance! Il y a un petit vent glacial qui nous gèle les doigts. Au bout d’un moment, malgré les gants, on doit abandonner les batons de marche et continuer avec les mains dans les poches de la doudoune, pour éviter de perdre le bout de nos doigts. Mine de rien, les batons ça aide énormément et point de vue équilibre, marcher les mains dans les poches sur un terrain instable ce n’est pas l’idéal. On a l’impression d’être deux zombies maladroits qui essayent de grimper. Il fait tellement froid… Heureusement ils nous avaient pris deux pantalons en plus chacun et on a mis toutes les couches dont on disposait. Personnellement, j’ai un collant en mérino, puis mon pantalon de trek, puis un pantalon plus épais et chaud et enfin un surpantalon coupe vent. En haut j’ai mis un débardeur, un t-shirt, mon pull merino, ma polaire rafistolée aux épingles à nourrice, ma gore tex et par dessus ma doudoune, rajoutée lors d’une pause et jamais enlevée jusqu’au sommet. Bref, on se sent un peu en mode bibendum… Il ne faut pas oublier qu’on n’avait pas prévu de faire le Kilimanjaro à la base, donc on est équipés avec notre matériel habituel, pas tellement prévu pour la très haute montagne. Heureusement pour faire le Huayna Potosi en Bolivie, on avait acheté des sous gants et des paires de chaussettes bien épaisses, qui sauveront nos petits orteils.

Jérôme est à bout de force et c’est très difficilement que nous arrivons au fameux Stella Point, pile à temps pour voir le lever de soleil. Nos supers guides nous servent un délicieux thé au gingembre, bon pour l’altitude, le moral et nous réchauffer. C’est que même si on voit le magnifique cratère et son glacier, on n’est pas arrivés au sommet. Allez, on se remet en route, pas question de s’arrêter là. No way!! Je trouve le Stella Point difficile psychologiquement, on a l’impression d’être arrivés, une certaine pression relâche et pourtant il faut rassembler le reste d’énergie qu’on a pour se remettre en route. Et comme ni Jérôme, ni moi n’avons plus d’énergie à ce stade, nos cerveaux se mettent en mode automatique et on se concentre pour ne pas se faire une cheville juste avant l’arrivée (oh j’ai bien failli me rétamer une fois sur la glace!! magnifique rattrapage en plein vol). Nos guides chanteront tout le long pour nous motiver et Jérôme qui d’habitude participe volontier ne dira pas un mot pendant des heures… Moi j’ai qu’une envie: arriver et redescendre aller faire la sieste.

Les paysages sont magnifiques. Les couleurs roses font flamboyer la roche volcanique et les glaciers. La météo est parfaite et malgré tout on se régale du spectacle. Quelle chance on a d’être là!! Encore quelques pas au milieu de la glace et ça y est. On est au sommet du Kilimanjaro, sur le toit de l’Afrique!! Comme à mon habitude, je relâche toute la pression et la concentration de ces 7 dernières heures, le temps qu’il nous aura fallu depuis le camp de base pour arriver là. Je verse ma petite larme, un soupir, un sourire et le soleil qui nous réchauffe semble nous donner un regain d’énergie. Ça y est, le plus dur est passé, on l’a fait!!

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Ce sentiment qu’on ressent à arriver au sommet après plusieurs jours d’efforts, après une ascension nocturne froide et silencieuse, c’est vraiment unique et addictif. Pendant l’ascension on se dit toujours punaise pourquoi on s’inflige ça et aussitôt qu’on commence à redescendre on a envie de planifier un nouveau projet d’ascension, choisir le prochain sommet.

Merci le Kilimanjaro pour tous les souvenirs que tu nous a donné!! Toutes les émotions aussi. C’était une semaine fabuleuse, vraiment on n’aurait pas pu venir en Tanzanie et passer à côté de cette aventure. A l’arrivée, on déguste un « vin à la banane » pour fêter ça et c’est en chantant qu’on rentre à Moshi, pour une journée de repos bien méritée.

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Marielle & Jérôme

Une réflexion sur “Kilimanjaro

  1. Première tourista au bout d’un an de voyage ? Ça se fête !
    J’en profite pour laisser moi aussi ma première trace dans votre blog, que je ne manque pas de lire pour voyager de temps à autres. Bravo à tous les deux pour votre périple et le superbe récit que vous en faites.

    François (le cousin) Olivier

    J'aime

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