A plus de 6000m

[17.04.2018 – 09.05.2018]

La ville de Sucre est vraiment magnifique et très agréable à visiter. Comme c’est ici que la déclaration d’indépendance a été signée, nous en apprendrons un peu plus sur l’histoire tourmentée du pays. Beaucoup de personnages hauts en couleur, de guerres perdues et de mines exploitées. Nous quittons cette ville blanche inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO pour nous rendre au salar d’Uyuni. Nous allons enfin découvrir cette région, après avoir tourné autour pendant un mois!! Rappelez-vous, de San Pedro de Atacama, nous aurions pu y aller en prenant part à un circuit en jeep. Ensuite, depuis la vallée de Humahuaca, nous aurions pu nous y rendre en continuant vers le nord en bus… mais non, nous avons fait durer le plaisir et, après avoir quitté l’altiplano pour la selva et le pantanal, nous revoilà dans les hauteurs de l’altiplano, en Bolivie cette fois. Après une légère hésitation, nous décidons de ne faire qu’un tour d’une journée dans le salar. Plusieurs raisons à cela (économique, temps, intérêt étant donné que nous avons bien exploré la région des geysers et lagunas côté chilien…). Et finalement, bon choix il me semble! Nous avons passé une journée fantastique à explorer le salar, tout en évitant de passer plusieurs jours au milieu de la foule de touristes qui s’entasse dans des dizaines et des dizaines de jeeps.

Le salar d’Uyuni, qu’est ce que c’est? Il s’agit du plus grand salar (désert de sel) du monde: plus de 12’000 km2 et une couche de sel de plus de 40m d’épaisseur. A perte de vue, un horizon net se dessine entre la blancheur du sel et le bleu du ciel. Nous en prenons plein la vue! Une petite escale sur l’île de Inca Huasi nous permet de prendre un peu de hauteur et de retrouver nos cactus géants. Au coucher du soleil, le spectacle continue et même si nous le ratons presque, un arrêt de dernière minute nous permet de nous extasier devant toutes ces couleurs. Il commence à faire bien froid et nous partons nous réfugier à Uyuni dans un restaurant, une fois n’est pas coutume, en compagnie de deux françaises bien sympas rencontrées aujourd’hui.

Nous poursuivons notre route vers La Paz en bus de nuit, bien confortable. Nous arrivons dans cette ville animée au petit matin et découvrons pour la première fois ces drôles de téléphériques de toutes les couleurs qui relient plusieurs quartiers de la ville. On a envie de monter dedans!!! Ça tombe bien, dimanche il y a un des plus grands marchés de l’Amérique latine: le marché d’el Alto, juste au dessus de La Paz. En réalité on a l’impression que ces deux villes fusionnées ne forment qu’un. On emprunte donc les téléphériques rojo y azul pour s’y rendre. On hallucine devant tant d’étals! Il y en a pour tous les goûts: habits, chaussures, légumes, pièces mécaniques, clés USB et même vin bolivien. On en profitera pour manger un bon plat typique, plein de maïs et de patate.

On passera plusieurs jours à la Paz et à chaque fois ce sera un plaisir. Nous qui adorons les marchés, cette ville est en fait comme un immense marché dont chaque quartier a une spécialisation. On ne se prive pas d’acheter des fruits et légumes frais tous les jours. Certes, on est limités (pas de cuisine), mais rien ne nous empêche de préparer d’excellents guacamole ou de manger des chirimoyas!!

Si vous passez à La Paz, ne ratez vraiment pas le musée ethnographique qui nous aura passionné pendant plus de 3 heures. Et pourtant, c’est uniquement en espagnol!! Vraiment intéressant pour en apprendre plus sur la diversité culturelle de ce pays. Ne loupez pas non plus Tiwanaku, à quelques heures de là, avec ses portes du soleil et statues monolithiques qui ont inspiré Hergé pour son fameux album de Tintin. Béatrice, je te laisse deviner lequel!

Après toutes ces visites, il est temps de repartir en montagne. Avant de songer à attaquer un sommet, nous allons nous acclimater dans la cordillère Royale. Nous partons pour 5 jours de marche dans un décor magnifique et sauvage. Nous ne croiserons quasiment personne, en dehors d’une poignée de touristes croisés au refuge le troisième soir et quelques bergers qui gardent leurs lamas. Nous optons pour la solution de facilité et allons au départ du trek en taxi. Comme ça, on sera au point de départ avant 9h, prêts à affronter une journée de marche. Notre chauffeur est Aymara et nous apprend quelques phrases qui pourraient nous être utiles. Voici ce que nous en avons retenu, je vous laisse le soin de vérifier cela avec le prochain Aymara que vous croiserez.

  • Aski uru ajilata (buen dia)
  • Aski uru kipanaya (buenas tardes)
  • Waliki (merci ou bien)
  • Kuna suti massa (cual es tu nombre?)
  • Kama wa (perfecto, si)
  • Kunjamastasa (ola como estas)
  • Nyaja (je)
  • Jumaja (usted)
  • Kaukiri tassa ? (De donde eres)
  • Nayaja janigua aquata (yo no soy de Aqua)
  • Marka (ciudad)
  • Waliki sarta (que tu vaya bien)
  • Amsum (por favor) ajilata (señor) o tatay o mamay (persona de tercera edad)
  • Kaukiri tass thaki o thakiwa(donde es el camino)
  • Nayaja yuriri tua francia marka (yo vivo en una ciudad de francia)
  • Pata (montaña)

Vous avez bien tout appris? Alors c’est parti, on peut y aller.

Jour 1 nous sommes directement dans le vif du sujet. Le chemin n’est pas particulièrement difficile, mais dans certains passages très exposés, il faut se réhabituer aux sacs bien lourds en encombrants. Dans le ciel alternent nuages menaçants et soleil radieux. On y a cru et oui, on est passés entre les gouttes! Nous arrivons au refuge dont nous avait parlé un guide à La Paz et saluons le « gardien » en aymara. Quel sourire nous accueille!! Nous souhaitons planter la tente, mais nous payons également une « chambre » du refuge pour ne pas décevoir notre gardien bien sympa. Et aussi, ce sera pratique pour cuisiner si il se met à pleuvoir. Et tout compte fait, il fait tellement froid, on se dit qu’on peut mettre la tente dans cette pièce vide tant qu’à faire. Oui, parce que en saison c’est peut être un vrai refuge, mais là ce sont des pièces vides qui paraissent un peu à l’abandon. Mais on y sera super bien pour cette première nuit!

Le lendemain, c’est reparti. La journée sera très longue, vu qu’on fera un petit détour … arrivés à un col, on doute que cela passe. Sur la crête d’à côté, d’après la carte, c’est sûr et facile. Comme on est dans les temps, on opte pour la solution sûre et facile. Quand on voit le versant depuis l’autre côté de la vallée, on se dit qu’on a peut être bien fait. En route, on verra plein de marmottes locales qui ressemblent à des chinchillas. Ce jour là, on finira un peu sous la pluie et s’abritera bien vite sous la tente, au bord d’un magnifique lac.

Pendant ce trek, nous aurons principalement deux difficultés: trouver le meilleur chemin et arriver avant que l’orage ne nous rattrape. Tous les jours nous aurons de l’orage vers les 14h.

Un matin on se réveillera même sous la neige. Dans ce cas, il faut bien creuser pour trouver la motivation d’aller passer un col quelque 500m plus haut. Mais la récompense est là: une vue incroyable sur la chaîne du Condoriri. Le troisième jour nous faisons un petit sommet à 5350m, le Pico Austria. Vue des montagnes au lac Titicaca, magnifique. Une journée bien remplie et qui se termine dans le luxe d’un refuge habité et même décoré!! Nous faisons le trek en autonomie et avons de bons repas composés de purée aux noix ou soupe de légume et polenta. Miam!

Le jour 4 nous passerons à côté d’une petite mine sauvage. La région était fortement minière avant, mais la majorité des grandes mines ont été abandonnée quand le cour du minerai s’est effondré. L’orage arrive bien tôt, mais restera toujours à distance du Huayna Potosí, dont nous nous rapprochons. Nous campons près d’un lac au pied de l’imposante montagne que nous souhaitons gravir après le trek. Qu’elle est belle!!

Le 5ème jour, nous pensons de plus en plus à nous arrêter là. On ne vous l’a pas dit, mais initialement nous voulions faire 6 jours et nous arrêter à La Cumbre, pas loin de La Paz. Mais plus on se rapproche, plus le temps gris, l’apparition de routes et de pylônes électriques nous donnent envie de nous arrêter là. Après avoir traversé un joli village abandonné et gravi un col à plus de 5000m, nous arrivons au camp de base du Huayna Potosi. Nous nous arrêtons au refuge dans lequel on devrait revenir quelques jours plus tard si nous choisissons l’agence Climbing South America pour faire l’ascension. Nous ne savons pas encore si nous voulons camper ou continuer ou partir, mais on nous invite dans une petite salle chaleureuse pour nous réchauffer. En attendant, il s’est mis à grêler …l’accueil est super chaleureux. La gardienne, qui était en train de préparer le repas pour elle et son père, nous apportera deux assiettes également. Sans rien vouloir en échange. Jamais un bœuf en sauce ne m’aura paru aussi bon!! C’est décidé, on reviendra ici pour faire l’ascension. Les gens sont trop gentils!! La dame, Elvira, nous dit qu’il y a le bus qui va passer pour aller à la paz…. Discussion et décision: on rentre se reposer deux jours et on revient pour tenter de gravir le sommet! Elvira prendra le même bus que nous et aura l’excessive gentillesse, une fois arrivés à El Alto, de nous emmener jusque dans le mini bus qui nous amènera vers chez nous à La Paz. Quelle chance on a eu ce jour là!!

Chez nous c’est l’hôtel Porvenir où nous avons élu domicile après plusieurs autres adresses moyennement satisfaisantes (pas d’eau chaude, chambres miniature et sans fenêtre, gens qui vomissent dans les salles de bain communes, et autres réjouissances). Dans cet hôtel, dans les chambres des étages supérieurs, on a une vue superbe sur la paz, plein de mètres carrés pour nous étaler et de l’eau chaude. Le pied!

Après deux jours de repos post trek, il est l’heure de repartir en direction du Huayna Potosi. Retour à la case départ. On est un petit groupe de 7 personnes, avec 4 guides et une chef cuistot. Avec un objectif: atteindre notre premier sommet à plus de 6000m! 6088m pour être plus précis.

Le premier jour, nous faisons un petit entraînement sur glacier. L’occasion de bien se marrer et d’apprendre à connaître son guide. Après, tout le monde au lit pour une grosse nuit. Il faut en profiter, celle de demain sera bien courte.

Le second jour, on marche deux petites heures pour atteindre le refuge d’altitude. On est étonnés de constater qu’il est relativement confortable, avec des bons lits! Le reste de la journée, on n’a qu’une chose à faire: se reposer. Ça tombe bien, je me sens un peu vaseuse et une petite sieste me remettra d’aplomb. A 18h tout le monde au lit. Il faut se réveiller à minuit pour partir à 1h après un drôle de petit déjeuner: des tartines et du gâteau au chocolat! Je me force à manger un peu, mais j’ai du mal.

Après une courte marche sur rocher, il est temps d’enfiler les crampons et de s’encorder. Comme d’habitude, je suis au milieu et Jérôme en troisième. C’est parti pour 5 longues heures de marche sur le glacier jusqu’au sommet! Nous étions tous les deux très bien acclimatés grâce au trek, nous n’avons donc pas eu de mal des montagnes. Par contre arrivés à 100m du sommet, j’ai bien senti la fatigue m’envahir. Jérôme, plus endurant, m’a bien boosté le moral et c’est grâce à lui et à notre guide Felix que j’ai pu continuer. Lentement mais sûrement, on avance avec en toile de fond un orage plein d’éclair qui donne une petite ambiance. Au détour d’un virage on découvre la ville de La Paz toute illuminée, c’est magnifique. On s’inquiète de voir les nuages s’accumuler vers le sommet, on risque de ne pas voir grand chose. Pas de grande difficulté sur ce trajet, si ce n’est un passage raide sur quelques dizaines de mètres et la crête. La fameuse crête qui me travaille depuis 3 jours! Quand on y arrive, on est enveloppés dans le brouillard. Pas le choix, il faut se lancer! Je respire un bon coup, attend une minute pour me sentir prête et c’est parti. On avance petit à petit, tout paraît si calme. Il y a peu de vent et le brouillard qui remonte de la vallée me donne le tournis. Je ne quitte pas les crampons de mon guide du regard, m’efforce de rester concentrée et nous voilà arrivés sur une crête effilée où, l’espace de quelques minutes, on aperçoit la Paz au milieu du vide. Impressionnant!! Encore un petit effort et nous voilà au sommet. Notre premier 6000m!! Une fois arrivés, je pleure comme une madeleine et laisse toute la pression redescendre. On est contents mais conscients qu’il va bien falloir la redescendre la crête!

Au final elle passera bien, notamment grâce à un Jerome au taquet qui ne fera aucun faux pas. En descendant, c’est facile, le glacier est bien bouché en cette saison. On aperçoit quelques jolies crevasses qui doivent impressionner en saison sèche! Le ciel se dégage un peu, les vues sont époustouflantes. Quelle belle journée!!!

La descente est interminable, mais bientôt nous apercevons notre minibus qui nous ramènera à la paz, pour un repos bien mérité.

Pour ceux qui envisageraient l’aventure, je recommande chaudement cette agence Climbing South. Les guides sont professionnels (merci Felix!!) et la chef cuistot aux petits oignons pour qu’on ait l’énergie d’arriver au sommet.

Après une telle aventure, on est sur notre petit nuage et on remet en question toute la suite du voyage. Est ce qu’on veut vraiment aller en Amazonie? On ne ferait pas un autre sommet ou un autre trek à la place? Pour y voir plus clair, on va passer quelques jours au bord du lac Titicaca.

Le fameux lac navigable le plus haut du monde. Arrivés à Copacabana, c’est la grosse fête! Les fanfares défilent, avec les hommes et femmes costumés qui dansent en groupe, tous (sans exception) avec une bonne paceña à la main (bière locale).

Du petit jeune à papi et mamie, tout le monde titube en riant. Du coup, les hôtels sont bien pleins et on trouvera une petite chambre au milieu d’une foule de fêtard. Anecdote marrante, alors que normalement ils n’écoutent que leur musique qui ressemble au même rythme entêtant pendant des heures, ils se passeront tout l’album de Zaz au moins deux fois de suite! Peut être qu’ils ont deviné à notre accent qu’on était français et qu’ils ont voulu nous faire plaisir? En tout cas entendre un bolivien chanter du Zaz à 2h du matin près du lac titicaca, c’était vraiment drôle et inattendu!

La ville même est très jolie, avec une ambiance détendue qui s’en dégage. On peut gravir une petite colline d’où on a un point de vue super sur la ville, le lac et les montagnes environnantes.

Nous passerons une nuit sur l’isla d’El Sol, où l’on se croirait presque quelque part en Méditerranée. Trop beau! J’ai adoré! Nous avons fait le tour de la partie sud. La partie nord étant fermée aux touristes, les locaux ne voulant plus d’eux en ce moment.

Le lac Titicaca nous offrira encore un beau coucher de soleil et également le temps de la réflexion. Nous souhaitons quand même nous rendre en Amazonie. Pour moi c’est un rêve depuis longtemps. Je ne sais pas à quoi m’attendre, mais ça vaut la peine d’aller y jeter un œil non?

De retour à Copacabana, la fête touche à sa fin. Nous prenons une nuit dans un autre hôtel, un peu excentré, mais pas cher et avec une vue imprenable sur le lac. Parfait pour prendre l’apéro! Ils ont d’excellentes bières au miel et les maïs soufflés que j’adore. Belle manière de quitter la Bolivie.

Le lendemain, nous embarquons pour un long trajet en bus: direction Lima en passant par Puno. Ça va être long!

La Bolivie a été forte en émotions et on en repart la tête pleine de souvenirs. Nous avons adoré ce pays: les paysages, les villes (et oui! C’est pas tous les jours ça), les gens, les marchés, les montagnes….

On y retourne quand vous voulez!

Marielle & Jérôme

Une réflexion sur “A plus de 6000m

  1. C’est tellement bien décrit que même devant notre ordi on a l’impression de gravir le sommet avec vous et de faire les marchés.
    Bravo et merci encore pour tous ces beaux clichés
    Continuez à nous faire vibrer !!
    Claudette

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