À la conquête de l’Everest (suite et fin)

JOUR 15

Malgré la grosse journée d’hier, nous sommes optimistes ce matin et nous réveillons vers 5h45 pour monter au Gokyo Ri, d’où la vue est paraît-il magnifique. Mais ce matin, les prédictions du gang des moustaches s’avèrent justes et c’est un paysage d’hiver que nous découvrons : c’est tout blanc, il neige et on ne voit pas à 20 mètres. Marielle est toute contente puisque cela lui rappelle l’ambiance Noël, et aussi parce que nous devons renoncer au sommet pour aujourd’hui.

Nous en profitons pour nous reposer, lire, manger, re-manger (notamment un super gâteau au chocolat de la boulangerie du village!!). Nous braverons quand même le brouillard l’après-midi pour aller voir quelques lacs un peu plus bas dans la vallée. L’eau était trop glacée pour tenter un petit plouf.


JOUR 16

6h15. Mince nous avons raté le réveil! Et il fait super beau on ne veut surtout pas arriver en haut du Gokyo Ri et se faire rattraper par les nuages. Nous buvons vite un thé et partageons quelques biscuits. Nous nous élançons dans la raide montée à un bon rythme (on se fera quand même rattraper par Philippe) et atteignons le sommet vers 8h.

Là, le spectacle laisse vraiment sans voix: la vue est imprenable sur l’Everest, qui donne vraiment l’impression d’un géant qui domine tous les autres sommets (un peu comme le Mont-Blanc). Tout autour: Lhotse, Nuptse, Cho-Oyu, Makalu, la face impressionnante du Cholatse, les lacs et le glacier de Gokyo dans le fond de la vallée. Et puis tous les autres sommets, glaciers… nous restons 2 heures en contemplation devant un tel spectacle.

C’est la meilleure vue du trek, avec ce bleu profond du ciel qui contraste tellement avec le blanc des glaciers de tous ces géants. Nous aurons vraiment du mal à repartir pour redescendre à Gokyo, mais comme d’habitude, ce seront nos estomacs qui décideront: on a trop faim. L’après midi est relax, on goûte quand même l’apple pie de la boulangerie !!




JOUR 17

Aujourd’hui nous avions prévu de monter sur les lacs supérieurs de Gokyo et d’aller jusqu’au camp de base du Cho Oyu avec Philippe. Mais Hussein, notre compagnon Turc, nous apprend que la météo sera mauvaise demain, jour durant lequel nous prévoyions de sortir de la vallée par le col du Renjo La. Nous prenons donc la décision de nous diriger dès aujourd’hui sur le col. On fait le sac un peu à l’arrache, buvons un thé et finissons nos quelques biscuits puis c’est parti.

Les deux premières heures se passent bien, mais la dernière 1/2h est difficile, la faute à un petit-déjeuner vraiment trop léger pour ce genre de journée. Au col (5400m), nous sommes récompensé d’une part par la vue magnifique sur l’Everest et ses voisins (les mêmes que hier), et d’autre part par un snickers (on le porte depuis 4 jours sans le manger, quelle lutte) qui fait franchement du bien.

Nous descendons dans un pierrier bien glissant au début, puis le chemin est bon. Vers 12h30, nous croisons un Ukrainien qui lui monte vers le col et Gokyo. Déjà, le gars est en basket de ville. Nous l’alertons sur le timing; il est beaucoup trop tard, il lui reste, s’il va vraiment vite et sans pause, au moins 5h de marche. Le gars nous répond qu’il est chaud vu que ça fait 12 jours qu’il marche depuis Jiri. Il nous précise qu’il n’a pas de carte. Nous lui répondons que dans notre cas ça fait 16 jours (pour ce seul trek), et on se dit que les gens se mettent vraiment en danger seuls. On apprendra quelques jours plus tard que le gars à fait demi-tour avant le col, pris d’un mal des montagnes…

Nous touchons au but de la journée vers 13h (village de Lungden), et commandons immédiatement une pizza. L’après-midi est tranquille. Une américaine (Bri) nous raconte qu’elle va tenter l’ascension de l’Ama Dablam (~6900m) pour la deuxième fois. Elle nous donne aussi quelques contacts utiles pour la suite du voyage. Le soir, on se demande toujours si notre ami Ukrainien est vivant…



JOUR 18

Aujourd’hui est une « petite journée », alors nous faisons la grasse matinée (départ à 7h40). Malgré les nuages déjà présents, les couleurs et l’ambiance sont saisissantes. Nous atteignons Thame en fin de matinée et cherchons à se loger sur le haut du village, car demain nous voulons faire un sommet au dessus du hameau. Mais le prix de la chambre nous refroidit, et nous trouvons une chambre sympa dans le bas. Des français sont là pour d’acclimater avant leur expédition sur un ~7000m du fond de la vallée. Ils ont avec eux 27 yaks de matériel…

Le soir, nous avons la surprise de voir débarquer Philippe qui a doublé l’étape (bravo !!) et on discute de quoi faire demain: journée plutôt repos!

JOUR 19

Pour aujourd’hui nous avons décidé d’explorer la vallée du Rolwaling. Le temps est magnifique. La vallée est très sauvage et des falaises imposantes plongent droit sur nous. Derrière se découvrent de massifs pics autour des 7000m, dont le Thamserku, le Kangtega, l’Ama Dablam et l’impressionnante dent du Chamlang.

Les jambes sont un peu lourdes aujourd’hui, et nous avançons gentiment dans cette vallée où nous sommes seuls et ressentons pleinement son côté sauvage. Au bout de 2h, la vallée s’aplanie. Une rivière d’une eau turquoise la sillonne. On a envie de se jeter dedans, mais sa température n’est que de quelques degrés au dessus de 0. Les yaks eux, sont moins frileux. Bientôt nous apercevons une maison et nous nous y arrêtons pour boire un thé.

Nous repartons vers le fond de la vallée pour découvrir les sommets, les glaciers et de menaçants séracs. Le spectacle est à couper le souffle tant ce blanc contraste avec le bleu du ciel. Nous apprécions de longs moments ce paysage. Mais bientôt, la raison (la faim hein !!) nous rattrape et nous redescendons vers la cahutte manger une soupe bien bien épicée (on en pleure encore rien que d’y penser), puis repartons vers Thame.

Au final, nous aurons marché 7h, 18km et 1000m de dénivelé positif, pas mal pour une journée de repos.

JOUR 20

Ce matin nous prenons le temps de dire au revoir à Philippe, à qui nous avons donné rendez-vous à Katmandou. Nous prenons la direction de Namche. Nous retrouvons ici quelques arbres aux belles couleurs automnales. A l’approche de Namche, le bruit sourd des hélicoptères nous ramène sur terre, le prix des lodges aussi. Du coup nous faisons quelques provisions, bradons nos crampons (portés pendant 19 jours donc, joli poids mort), et prenons la direction de Monjo.

En route, nous croisons de nouveau les colonnes de trekkers suivies des porteurs aux chargements dignes d’un forçât. L’un d’eux nous dit qu’il porte 110kg de Lukla à Namche (~20km, 1200m de dénivelé positif) pour 50$. Nous trouvons un lodge très sympa à Monjo, et les propriétaires nous font visiter leur jardin: œillets, fleurs, salades, courges, courgettes, tomates, concombres, céleris, radis, carottes, oignons, choux. Superbe dans ce cadre. Leur thé à la menthe est excellent. Pour ce soir, on se décide pour une soupe de courge au gingembre, ail, céleri (une tuerie), et des spaghettis aux légumes, sauce tomate et fromage (trop bon).

JOUR 21

Ce matin nous croisons des centaines de trekkers/guides/porteurs. Ils sentent encore la lessive !!! Nous nous dépêchons de quitter l’axe de Lukla. C’est par la suite beaucoup beaucoup plus calme. La journée se déroule tranquillement, et nous atteignons un lodge vers 16h. Nous croisons deux français dont l’un n’arrête pas de parler, un vrai moulin à parole ! On espère qu’il nous laissera dormir car les cloisons sont fines.

JOUR 22

Nous devons aujourd’hui atteindre le bas de la vallée et dormir proche de la rivière. Il fait beau et cela contraste avec les premiers jours du trek. Nous avions emprunté le même itinéraire, mais sous la pluie et dans le brouillard. Là, nous nous rendons compte que nous sommes vraiment au milieu d’une énorme vallée, très encaissée, et couverte d’une forêt tropicale très dense. La végétation très variée et les bruits bizarres nous accompagnent toute la journée. Au loin nous apercevons encore les sommets blancs qui nous entouraient ces deux dernières semaines. Il fait aussi nettement plus chaud que là haut. Nous atteignons le soir le joli village de Jubing, proche de la rivière. Nous sentons la fin du trek grandement approchée maintenant. Nous sommes à la fois content, car c’était long et éprouvant, mais on se dit aussi qu’on était bien dans ces paysages grandioses. Demain nous passons notre dernier col. C’est aussi la journée avec le plus gros dénivelé de tout le trek.

JOUR 23

Ce matin nous traversons le dernier pont suspendu qui traverse la rivière descendant depuis les glaciers du Khumbu et de Gokyo. Nous entamons alors les 1500m de montée vers le col de Tachungtse. Nous continuons le chemin inverse des premiers jours et avons une drôle d’impression quand nous croisons les lieux où nous nous sommes arrêtés. Nous croisons aussi des centaines de mules qui acheminent gaz, bières, coca etc vers Namche. Au col, nous nous retournons une dernière fois sur les sommets enneigés. On se dit déjà que, c’est sûr, un jour nous reviendrons. En fin d’après-midi nous arrivons au village de Ringmo. Nous n’hésitons pas longtemps entre les différents lodges et on choisit la fromagerie comme par hasard. Les propriétaires sont très sympas (mais leur fromage est bof) et le soir, nous sommes pris dans une fête du village! Les femmes passent de maison en maison avec musique népalaise et font danser les hôtes. C’était très drôle avec un autre groupe de 5-6 français. C’est aussi l’occasion de boire, enfin, une bière bien méritée et aussi de goûter le cidre fait maison: ça sent franchement la gnolle, ça en a aussi la couleur, mais c’est pas (très) fort! Un guide nous conseille aussi un lodge au prochain village de Phaplu.

JOUR 24

On est très content de finir aujourd’hui, et on atteint Phaplu en 3h de marche. Nous nous retrouvons dans des paysages très alpins, avec une petite impression d’être à la maison. Nous trouvons le lodge conseillé. Après avoir mangé, nous demandons pour réserver une Jeep pour rentrer sur Katmandou demain. Oui mais voilà, « no Jeep tomorrow, tomorrow impossible ». En fait, il y a un festival (deepavali) et la journée de demain est en gros « same as Christmas for you ». Bon, le temps de digérer le contre temps, on se dit qu’au final une journée ça va passer vite. Le soir, grosse fiesta dans tout le village et toutes les maisons sont visitées pour danser. On se dit que notre auberge plus que les autres !!

JOUR 25

Aujourd’hui rien ne se passe au village, comme promis, et aucune Jeep ne rallie Katmandou. Du coup, nous nous occupons à organiser la suite de notre voyage autour d’une petite bière et quelques chips locales bien épicées.

JOUR 26

Départ à 5h dans la Jeep. Nous sommes les premiers à monter et on nous installe au fond. Bientôt nous sommes 12 personnes entassées comme des sardines dans cette voiture. Mais les 4 plus gros, dont nous, sommes tous au dernier rang, avec notamment un gars genre rugbyman qui nous dit qu’il fait bien ses 100kg. La route est très sinueuse et en moins d’une heure, nous dénombrons déjà 4 vomis dont un dans la voiture. C’est franchement dégueulasse et on se dit que le trajet va être très très long. De plus, le chauffeur s’arrête vraiment tous les 1/4h, soit pour discuter, soit pour une clope, soit pour rien, mais pas quand les gens sont malades. En tout cas il nous saoule vraiment car à chaque fois nous restons entassés à l’arrière sans pouvoir sortir. Au final, nous mettrons 13h pour rentrer (~250km). Les trajets auront donc été, de loin, les moments les plus difficiles du trek. À Katmandou, nous en profiterons pour nous reposer, dîner au restaurant avec Philippe autre chose qu’un Dal Bhat ou qu’un riz frit. Mais avant toute chose, nous trinquons à notre belle aventure autour d’une Duvel bien méritée!

Bilan de ces 3 mois dans l’Himalaya:

  • 4 treks
  • 53 jours de marche
  • 685 km parcourus
  • 33000 m de dénivelé positif

Pas mal pour une première approche de ce massif?! À refaire, ça, c’est certain!!

Jérôme & Marielle

2 réflexions sur “À la conquête de l’Everest (suite et fin)

  1. Bilan de ces 3 mois dans l’Himalaya:
    4 treks
    53 jours de marche
    685 km parcourus
    33000 m de dénivelé positif
    Tout simplement impressionnant ! Avec un récit foisonnant d’images, de sensations fortes et une dose de saine fatigue… C’est toujours un plaisir de vous lire, je recommande à ceux qui en auraient le temps, de suivre votre périple sur Google Maps en 3 D, des détails vraiment stupéfiants, on y suit vos pas avec la fatigue en moins.
    Mais, il semblerait que ce voyage soit un déjeuner de soleil, pas vraiment de plaintes, peu d’angoisses, les petits tracas passent pour pertes et profits ? Le beau l’emporte de loin, de quoi vous donner du regret de quitter le Népal ?
    En tout cas, merci et bonne route !
    Gérard

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s