A la conquête de l’Everest

On vous avait promis un article sur nos dernières aventures, vous en aurez plusieurs, avec autant de photos que possible. Parce que quand même, raconter ce dernier mois en quelques lignes, c’est assez difficile et je n’ai pas envie de me plier a un exercice de synthèse trop contraignant. Alors place au récit!

Depuis qu’on a décidé de venir au Népal, Jérôme a dans le coin de la tête d’aller faire un trek qui nous permettrait de voir l’Everest, ou Chomo Lungma de son nom tibétain. Après avoir cogité, on s’est donc décidés à aller faire le « Three Passes Trek », soit le trek des trois cols. Ce trek nous permettrait d’approcher des sommets parmi les plus célèbres (et hauts) de la planète: Makalu, Lhotse, Cho Oyu ou encore l’Everest, évidemment…

Mais comment accéder a ce trek? La voie classique consiste à prendre un petit avion en direction de l’aéroport de Lukla. Son nom ne vous dit rien? Vraiment? Il s’agit d’un des aéroports les plus dangereux au monde. C’est assez simple, la piste est inclinée a 12 degrés et se trouve en pleine montagne, a flanc de falaise. Dans une région ou les nuages peuvent boucher la vue en 5 secondes. Voilà voilà!! Bon et en plus, les vols ne sont pas donnés et un peu hors budget en ce qui nous concerne.

Une alternative? Il y a un trek de 6 jours qui pemet d’accéder a Lukla en partant de Jiri. Pour arriver a Jiri, il nous faut prendre un bus local. Comme on est en plein Dashein, LE festival du Népal, on nous conseille de partir très tôt pour être sûrs d’avoir une place dans le bus. Effectivement, pendant cette fête, tout le monde rentre chez lui au village pour aller se faire un gueuleton en famille. On s’active, parce qu’après, plus de bus pendant 4 jours apparemment.

JOUR 1

Réveil à 5h du mat, c’est parti on trotte jusqu’à la station de bus de Ratna Park. Et là…. on se retrouve noyés dans une foule de gens au milieu de dizaines de bus et on ne comprend rien. On voit valser des sacs Winnie l’Ourson dans tous les sens*, des gens monter, puis descendre d’un bus, puis remonter, puis jeter les sacs sur les toits, puis courir derrière un bus… Et comme tout est écrit en Nepali sur les bus, soit en Devanagari, soit une écriture qu’on ne maitrise pas encore super bien, et bien nous sommes perdus. Les deux blancs becs avec leurs sac a dos au milieu de tous ces cabas Winnie qui savent très bien où ils vont. On demande aux gens quel est notre bus et après avoir fait ping pong quelques temps entre différents endroits de la station, un mec bien sympa nous prend presque par la main pour nous mettre dans le bon bus. Il est vide, on trouve ça louche, mais on s’installe tranquillement sur nos sièges. Une française, Cécile, nous a vus monter dans le bus et s’est doutée qu’on allait a Jiri. Elle monte donc avec nous, on prend nos aises et on se raconte un peu nos aventures népalaises.

Pour sa part, elle connait déjà le Népal et nous prévient que l’on risque de finir debout. Et m….. Et bien ça n’a pas loupé! On n’avait pas compris qu’il fallait d’abord acheter son billet de bus à un guichet. En même temps, même si on l’avait su, il y a autant de guichets que de bus. Donc d’ici à ce qu’on trouve quel est le bon guichet, on aurait le temps de voir tous les bus partir sans nous. Du coup c’est parti, dans la joie et la bonne humeur, pour 14 heures de bus debout! Oui oui, pas 2h, non, ni 5h, non, 14h!!! Je n’ai jamais fait un trajet aussi long de ma vie. Pourtant, moi et les transports, on est potes! En general je tombe bien malade juste avant de prendre un vol long courrier ou bien avant un petit trajet en bus de 16h. Mais la, 14h debout, c’etait nouveau. Résultat, le trek n’a pas encore commencé et j’ai 2 magnifiques hématomes aux jambes (niveau des accoudoirs en bois), la plante des pieds en feu et je suis claquée. Parfait!! Heureusement, pendant tout le trajet, on a de la bonne musique népalaise. Les hits du moment?

Kutu ma kutu!

Tchouk tchoukoutchouk tchoukoutchouk

On arrive de nuit a Jiri, sous la pluie, alors on se faufile dans la première lodge venue, une douche et au lit.

Schuva ratri !! (Bonne nuit)

JOUR 2

Bonjour le trek! Cette fois c’est parti, l’aventure peut commencer. On démarre  doucement avec un départ à 8 heures. Objectif du jour, atteindre Deurali au niveau d’un col à 2700m. Il fait très beau, on est motivés. Le sentier passe bien, on traverse des villages, des champs, des forêts. On se fait une petite pause déjeuner et on découvre que le fromage de yak qu’on a acheté à Kathmandou est infame. Aaaaah, c’est pour ça qu’il était vraiment pas cher!?

Pour une premiere journée, on a quand même pas mal de dénivelé a faire et on croise plein de monde. Des jeunes, des vieux, des porteurs, des gars en costard et mocassins… Pour les gens du coin, marcher sur ces sentiers de montagne, c’est un peu comme marcher sur un trottoir pour nous. Pas plus compliqué! Pendant ce temps là, on commence à tirer la langue sur la dernière petite montée de la journée, 1000 m bien raides pour arriver au col. On retrouve Cécile dans un lodge très  sympa, dont on regrettera les prix doux et la nourriture délicieuse. Oui, parce qu’ici il y en a du bon du fromage de yak! On en prendra dans tous les plats et la proprietaire n’est pas avare sur les quantités. Un régal! Une douche chaude et au lit. Dernière  douche chaude avant …. Pfiou, si longtemps!!!! Dans la suite du trek, les douches seront toujours payantes, en particulier les douches chaudes. On restera donc à la douche froide, ça fait du bien il parait.

En plus, dans la suite du trek, une de mes bêtes noires seront les mules chargées de ces bombonnes de gaz qu’elles acheminent à Namche pour alimenter toute la région notamment en douches chaudes. Mais nous verrons cela plus tard…

JOUR 3

La brume nous enveloppe ce matin et on s’attaque gentiment à la descente de 600m vers Bandhar. Jérôme commence a douter de la véracité de la carte et on se fie plutôt aux panneaux et surtout aux locaux pour trouver notre chemin. On quitte le large chemin pour un petit sentier a flanc de colline. La vue estépoustouflante et je suis impressionnée par les paysages et la taille imposante de cette vallée. C’est très vert, il y a des cultures en terrasse de tous les côtés.

Vers 10h, j’ai un petit creux et on fait une pause dans un joli coin d’herbe qui nous semble très accueillant. Oh l’erreur … Je sens un truc sur ma main et AAAAH UNE SANGSUE!!! Puis j’en vois une autre sur mon sac, une autre sur ma chaussure, vite on se casse !!! Alors non, les sangsues ne sont pas dangereuses. Seulement c’est dégueu et on n’est pas (encore) habitués. On passera donc une belle matinée à se battre contre des hordes de sangsues! On a l’impression qu’elles apparaissent presque comme par magie sur nos chaussures, nos jambes, nos batons. Merci le micro tournevis du couteau suisse qui me permettra d’en déloger une de la boucle de lacets de ma chaussure.

Vers midi, une petite pause thé a Kinja nous permet de reprendre des forces. On se pose juste après le village pour manger notre fromage de yak immangeable. Pile le temps pour Jérôme de subir une attaque sournoise de sangsue et de se faire modre pour la premiere (oh mais pas la dernière) fois. Allez, on ne tarde pas, on a encore 1000m à grimper. 

Quelle longue étape … Au final les sangsues nous divertissent toute l’après midi et je réussirai à finir la journée sans qu’aucune d’entre elles n’ait eu le temps de m’attraper. Et toc! Jérôme, lui, en retrouvera encore une sur son bras. Elle a eu bien le temps de se gaver avant d’etre délogée. Elle fait un beau bruit après son vol plané par la fenêtre!

Ce soir on rencontrera un Neo zélandais et deux Argentins que l’on croisera tous les jours jusqu’à Namche. Ils sont très sympas et chacun raconte ses plus beaux voyages autour d’un black tea.

A partir de là, les chambres seront souvent très sommaires, quelques planches en bois. Peu importe, tant qu’il n’y a pas de punaises de lit, je m’écroule et je dors.

JOUR 4

On commmence la journée en continuant a monter. Aujourd’hui on passe le col et le point le plus haut de cette première partie de trek, à 3500m. Belle ambiance de haute montagne qui commence, même si on est encore une fois enveloppés dans la brume. Déjà on a de la chance, il ne pleut pas pour le moment. La mousson est encore présente et laisse trainer ses nuages.

La pause thé du matin commence à devenir un petit rituel qui nous permet de se requinquer. La maison où l’on s’arrête est tellement accueuillante qu’on a du mal a repartir. On préférerait être à la place du chat, au coin du feu, au chaud… Mais la montagne nous appelle et on reprend la marche. Pas de vue au col pour nous, on reste enveloppés dans les nuages. On commence la longue descente jusque Junbesi qui se finira sous la pluie. Décidément, ce trek est un peu humide. La chambre est immense et le mauvais temps invite a rester au lit. Je craque pour un Apple Pie au goûter, gourmande que je suis. L’ambiance du lodge est très  calme, puisque nous sommes tout seuls. Bonne nuit!

JOUR 5

Aujourd’hui, c’était la journée la plus difficile de tout le trek pour moi. On monte, on descend, on remonte, on redescend, on passe un col et on attaque une longue, très longue descente sous la pluie… Je n’en vois pas le bout! Dès midi je me met en mode automatique et j’avance sans réfléchir. Le chemin devient un peu pourri, avec beaucoup de boue et le passage de caravanes de mules. On traverse le village de Ringmu, où on bifurquera au retour pour abréger le trek. On y reviendra…

Mais on finira par arriver a Nunthala, sous la pluie et où on resistera à l’appel de la douche chaude pour se prendre une bonne douche froide. Le bonheur! J’ai de plus en plus mal aux pieds et je commence a me demander pourquoi on s’est lancés dans cette aventure. Ou si j’en serai physiquement capable. Mais bon, ce que je ne savais pas encore, c’est qu’on était en train de faire les étapes les plus éprouvantes de ces 23 jours de trek.

JOUR 6

On se réveille et là, surprise, il fait beau!! Quel plaisir! Marcher sous le soleil, avoir une vue dégagée sur la vallée et les montagnes environnantes, voir le ciel bleu… Et bien tout cela durera une petite matinée, après on se prendra une belle drache dans la montée vers Bupsa. Juste histoire d’arriver trempés jusqu’aux os au lodge et de subir un peu. Il ne faudrait pas que l’on s’habitue a la facilité… Sur le chemin, on croisera un petit groupe de gars qui portent une dame sur un brancard. Les rapatriements sanitaires se font à pied, comme le transport de la très grande majorité des marchandises. Les hélicoptères, il y en a énormément dans la région. Mais ils semblent être réservés à une autre clientèle.

Cette journée est courte, mais crevante. Heureusement dans le lodge, la patronne allume le poêle qui nous permettra de nous réchauffer un peu et de sécher nos habits. On retrouve nos amis Neo Zelandais et Argentins et on passe quand même une belle soirée, après cette journée plutot mouillée.


JOUR 7

Départ tôt ce matin, on a une très très  longue étape qui nous attend. Apres un bon petit déjeuner, on enfile nos chaussures et c’est parti. Jérôme est particulierement réjouis, vu que ses chaussures n’ont pas eu le temps de sécher depuis la douche de la veille. On monte environ 700m dans une forêt pleine de boue et on croise encore plein de caravanes de mules. Je me méfie particulierement de celles qui portent les bonbonnes de gaz. Déjà, elles ont du mal parce que le chargement est très lourd, mais en plus, elles n’ont pas conscience de la largeur qu’elles font. Et se prendre une bonbonne de gaz sur le coin du visage quand on marche, ça n’envoit pas du rêve… Je me ferai quand même cogner une ou deux fois, mais bon, ce sera a chaque fois par excès de confiance « mais si ca passe!! ».

Après une longue descente, on arrive a Surke. On decide de ne pas monter sur Lukla, mais de continuer le chemin vers Cheplung, en contre bas de Lukla. La journée se déroule  paisiblement, si ce n’est le ballet d’avions et d’hélicoptères qui se déroule au dessus de nos têtes. La météo de ces derniers jours aura retenu un (gigantesque) paquet de touristes a Kathmandu, qui commence a se déverser cet après midi sur Lukla.

On arrive tard a Cheplung et, après une semaine de trek extenuant mais loin des foules, on se croirait débarquer à Disneyland. Des centaines de touristes / porteurs / guides passent devant la fenêtre du lodge. On était prévenus, mais quand même, de voir autant de monde dans la montagne, ça fait bizarre. Heureusement ce soir on sera encore une fois au calme, Cheplung étant trop proche de Lukla pour être au programme des agences de voyage.


JOUR 8

Aujourd’hui marque la transition entre la première et la seconde partie du trek. Je pourrais résumer ainsi:

  • Trek 1: Difficile, crevant, beaucoup de dénivelé, très longues étapes, mousson, intime, habitants très accueillants, villages sur toutes les collines
  • Trek 2: Paysages grandiose, beau temps, mythique, toit du monde, usines a touristes, business

Une grande excitation nous gagne tandis qu’on commence a apercevoir nos premiers véritables sommets enneigés. On presse le pas, on a hâte d’y être. Après tous ces efforts, notre objectif approche. On en oublie les galères, les bobos et les pieds en lambeaux. Ça y est! On y est! On est au Népal et tout bientôt, à nous les plus hautes montagnes du monde !! (Ou presque)


On passe une nuit à Namche, où les yaks prennent le relais des mules. On y trouve de tout!! Ou plutôt, on devra résister à tout. Des pains au chocolat, des pizzas et… de la raclette!!! Mais non, on reste fidèles au Dal Bhat, le plat typique et très nourrissant du coin. 


Comme disent les guides, « dal bhat power, 24 hour! ». À nous l’Himalaya!!


À suivre…

Marielle & Jérôme 

*Ne me demandez pas pourquoi, mais les cabas a l’effigie du petit ourson jaune ont envahi le Nepal. Il y a peut etre eu la promo du siecle sur des kilometres de plastique imprime, de quoi alimenter toutes les echoppes du pays pendant quelques decennies.

14 réflexions sur “A la conquête de l’Everest

  1. Merci Marielle et Jérôme de nous faire partager votre périple, avec un récit toujours toujours très prenant. De mon fauteuil, je grimpe, je grimace, chasse les sangsues, bref, on vit ! Il y a aussi vos moments de réconforts que je savoure par exemple ce soir, avec un bon whisky 18 ans d’âge…
    Vous vivez une aventure extraordinaire, en surmontant vos souffrances et vous délectant des bons moments, vous vous remplissez la tête de souvenirs inoubliables.
    A votre prochain spot qui nous fera encore tutoyer de loin, le toit du monde.
    Bien à vous, Gérard

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  2. Yo les aventuriers !! J’ai lu à haute voix votre article à Bebert qui cuisinait des röstis 😂
    Merci de prendre le temps d’écrire : ça nous permet de voyager un peu avec vous !!
    Énormes bisous d’entre Rennes et Nantes !!
    PS : La suite ! La suite ! La suite !!

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  3. Merci de nous faire rêver!! C’est extraordinaire ce que vous vivez! Profitez en bien même si ça a l’air difficile par moments!! Bises depuis Bordeaux

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    1. De rien, tout le plaisir est pour nous! Les moments difficiles on les a déjà (presque) oubliés, restent les grands frissons et les beaux souvenirs 🙂 gros bisous à toute la famille!!

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  4. Hyper vivant votre reportage ! Je sentais la pluie dans mon dos et le froid humide dans mes os, j’ai vérifié qu’aucune sangsue ne saute de l’article sur moi, je me voyais éborgnée par une bonbonne de gaz et j’ai eu un haut le corps à l’évocation du fromage de yak deg… et j’ai partagé votre enthousiasme à l’approche des premiers grands sommets. Les photos sont magnifiques mais où est passée celle du sac avec le petit ours jaune ?

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    1. Un de nos grands regrets pour ce voyage… ne pas avoir glissé de sac avec le petit ours jaune dans nos grands sacs à dos. Si on avait dû ramener un souvenir du Népal, ça aurait été celui-là! Merci pour le message qui fait bien plaisir 🙂

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  5. On s’y croirais et de cette manière, on a le sentiment de vous accompagner de très prêt. Merci… Profitez, c’est une expérience magnifique et tellement enrichissante que vous vivez, que vous partagez… A très vite les amis!

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    1. Hahaha non ceux là étaient ramassés par les gens du coin. Nous on n’a pas osé, même si on en a vu plein et qu’on les cherchait juste pour ne pas perdre la main. Histoire d’être prêts à l’automne prochain!

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